Articles

Faites vous du développement relationnel ?

Dans la première partie de l’article dédié « aux dangers du développement personnel (thème proposé par la croisée des blogs), j’ai  émis l’hypothèse que le plus grand danger, si danger il y a … réside dans le terme « personnel » . Avançons vers la notion de développement identitaire, puis relationnel. La troisième partie du sujet sera dédié au développement humain.

J’ai avancé l’idée que le développement personnel est d’abord une tentative  de colmater les blessures de l’égo en souffrance. Il doit progressivement cheminer vers un développement identitaire et relationnel, une intégration humaine et même ensuite  planétaire : relativiser les blessures narcissiques et apporter sa contribution au monde, si le développement est évolutif et harmonieux. Mais chacun fait ce qu’il peut !

Quand le développement est très personnel

Au départ colmater les brèches de l’égo c’est souvent se construire une nouvelle personnalité pour « paraître » mieux, plus fort,  surhomme ou wonderwoman. Cette position est en fait très difficile à tenir et très fragile, car elle oblige à faire sa vie sur ses propres forces – et on apprend vite qu’elles sont limitées. Les résultats sont attendus du côté de l’égo exclusivement : Egoïsme et égocentrisme

  • L’égoïsme est cette préoccupation mentale exclusive de soi,  individualisme farouche,  coupure d’avec les autres…dans une volonté d’indépendance (illusoire totale)
  • L’égocentrisme est cette attitude de vouloir être toujours le centre de tout ; trop sensible et très dépendant du regard des autres, ne voulant que leur approbation. C’est quelque peu paranoïaque.

L’égoïste regarde seulement son nombril, l’égocentrique est lui-même le nombril.

Nous sommes tous, plus ou moins l’un ou/et l’autre, mais de péché mignon cela peut devenir un véritable handicap social. Nous avançons cependant par tâtonnements et déséquilibres. Ilya Prigogine (chimiste de renom) disait que « la vie jaillit loin des états d’équilibre ». Constatons que même la marche, est un déséquilibre permanent et que c’est cela  qui fait avancer. rien ne servirait de culpabiliser pour nos imperfections !

La croissance est un besoin vital

La croissance est un besoin vital de tous les êtres, et l’ humain, malgré sa résistance fréquente au changement ne peut faire exception à ce mouvement d’ensemble. La croissance  est toujours une intégration de nouveaux éléments : physiques, émotionnels, intellectuels. La croissance déstabilise la personne parce qu’elle lui demande de s’ouvrir à quelqu’un, quelque chose d’autre, et toutes les constructions précédentes s’écroulent, se dissolvent , mais sont aussi les briques d’une nouvelle construction. On doit grandir, se développer sous peine de mourir ou au moins  de végéter.

La croissance physique de l’adolescence

Cela me rappelle la croissance de mon fils qui vers les 12/13 ans avait pris onze centimètres dans une année et je ne sais plus combien de pointures : il en était absolument effrayé, d’autant que ses camarades de classe n’en faisaient pas autant, aussi vite du moins. Cette année là ; son corps lui a probablement appris « qui il était et comment il différait  des autres. Il a dû affronter son ipséité (ce en quoi il était différent des autres).

Tous les soirs, à la sortie de l’école, il se plaignait de ce qu’il considérait comme une monstruosité. Il se focalisait sur ses pieds puisque c’est cette partie du corps qu’il pouvait voir en entier à tout moment ; mais pas contrôler, à son grand regret. Son développement l’effrayait. C’était un comportement égocentrique car trop sensible à l’image qu’il pouvait renvoyer. Son identification au groupe étant forte (normal à cet âge) , son égo en souffrait. C’est sur ce principe de remise en question de l’égo (l’image que l’on a de soi) que l’identité (mouvante donc) se forge.

Développement identitaire

Le vocable développement identitaire serait plus juste que développement personnel, mais est-ce par hasard si, sous nos cieux occidentaux cela s’appelle ainsi ? Eh non ! car ça correspond à cette culture de l’individu qui se cristallise parfois en individualisme.

L’identité est une pulsation donc une relation

Entre  affirmation de soi et fusion avec l’ensemble, l’ identité se construit dans la pulsation de  deux pôles.  Je peux me perde dans l’égoïsme à trop vouloir m’affirmer en tant que personne  ou me perdre dans le tout et m’identifier (devenir personne), n’être plus que ce tout (un groupe, un parti politique,  une secte) L’identification ou son contraire l’ affirmation de soi égoïste, sont les parents pauvres de l’identité. Le développement identitaire amène la question  de mon modèle de croissance ou modèle d’accomplissement. Je suis alors comme le gland qui a la vision du chêne pour son accomplissement ;  je suis à l’écoute des évènements, des synchronicités, des rencontres car à travers cela la vie me parle de moi et de ce que j’ai de mieux à offrir.

Le développement relationnel

Le développement identitaire a donc lieu au sein du développement relationnel. C’est un concept qui articule la dimension individuelle et collective : l’environnement influence les représentations et les attitudes de l’ individu qui lui-même influence le monde qui l’entoure. L’être humain, être social se développe en relation avec son environnement.
Ce développement relationnel s’effectue sur deux axes :

  • d’une part, un mouvement de différenciation dans lequel  l’individu cherche à se singulariser
  • d’autre part, un mouvement de rapprochement avec ses congénères dans lequel l’individu cherche le contact, l’affection et l’appartenance

Le développement relationnel consiste à articuler de manière fluide et complémentaire ces deux mouvements, de les vivre d’une façon synchronisé.

Conclusion

Le développement  d’un individu est relatif ; il se  polarise autour de la conscience de soi et la conscience d’autrui. Je suis un être unique ET partie d’un tout plus grand unique aussi (la famille par exemple) qui lui même fait partie d’un tout plus grand également…etc

C’est la recherche de sa place dans le monde . Le ET est important. Le ET est un peu moi et un peu l’autre. C’est l’alchimie qui fait la croissance. Le couple homme/femme est la relation la plus alchimique qui soit et chacun reflète la partie profonde de l’autre. Je souris quand j’entends dire une femme : « l’important est de découvrir la partie masculine en soi » Grosse erreur, il n’y a que dans un miroir que l’on se voit bien…et tout le reste est du discours. Voilà par exemple une erreur et une errance du développement personnel : se couper de la vie telle qu’elle est !

Les contes sont des histoires de développement identitaire

Je terminerais ce long article la-dessus en vous invitant à lire une histoire vécue car je crois qu’elle aurait presque suffit à vous faire tout comprendre ; elle en est de toute façon un bel exemple de développement relationnel…et c’est un conte de fées. Sachez que les contes de fées sont des histoires vraies dont on a fait des archétypes et qu’il suffit de les réactiver en soi. Lisez « c’est vraiment l’histoire de Cendrillon… »

Du développement personnel au développement humain (première partie)

Cet article participe à  la croisée des blogs du mois de juin. Vous trouverez l’intégralité des articles des participants à ce carnaval d’articles, sur le thème :  « dangers du développement personnel » sur le blog de Félix Boussia

Comme le fruit contient le vers qui peut le faire pourrir,  le développement personnel contient déjà le mot  qui risque de le gâter : « personnel »…  si on le prend pour plus que ce qu’il est : un  pansement temporaire pour l’égo, une compensation transitoire à nos frustrations individuelles.

En voulant se dégager du passé, des archaïsmes de sa biologie, l’erreur  que fait l’être humain est de se refermer sur lui-même, se croire un être à part de la création et/ou vouloir devenir un surhomme. Sa mission est pourtant simple :  être humain. Je propose ici de réfléchir et de trouver des pistes, au fait de rencontrer l’autre pour se développer, se découvrir,  plutôt que faire du développement personnel, de se sentir  part de la nature plutôt qu’un être à part et de se questionner sur « comment être plus humain », devenant ainsi paradoxalement, un héros plutôt qu’un surhomme.

Voici  la première partie de mon article, que je vais scinder au moins en 2 parties, car j’ai à coeur ce sujet, dont je pense qu’il mérite d’être approfondi :

Notre nature humaine est crisique

Notre nature est crisique, c’est inscrit dans sa biologie. L’évolution phylogénétique, la nature, nous a doté d’un cerveau récent, le néocortex, rapidement ( en quelques secondes sur l’échelle de l’âge de la vie sur terre) qui est mal adapté aux parties plus anciennes. Pour faire simple nous sommes un peu comme des enfants qui aurions reçu un jouet très sophistiqué avec des manettes fort simples à utiliser. Ce jouet nous permet d’imaginer à peu près tout ce que l’on « veut ». Jusque là tout va bien. Là où ça se gâte, c’est quand ce magnifique joujou, finalement parce qu’il est fait pour cela, nous propose de  rendre réel ce que nous avions imaginé. Si nous avions su, nous l’aurions laissé au pied du sapin celui-là ! Une fois le cadeau ouvert, nous n’avons cependant pas d’autre choix que de continuer à le développer justement !  Imaginer était drôle, réaliser est une autre histoire ! Quelque chose en nous souvent refuse le choix, cette responsabilité ; alors le jouet se détraque puisqu’il n’est pas fait pour ne rien faire. Vous savez il est comme la vie, avec ou sans nous, il ne peut pas s’arrêter.

La vie, le développement ne s’arrête pas

Un jour un désordre arrive donc : c’est  une maladie, une rupture affective, un licenciement, des mauvais traitements, un accident, un mal être profond sans raison apparente, bref, tout ce qui peut venir bousculer l’idée que nous nous faisions de notre vie et l’image de nous-même, à perpétuité.  Nous refusons cette réalité qui surgit sans notre consentement. Elle est ressentie comme  blessante, car elle ne correspond pas à l’imagination, la vision que notre égo s’en faisait. Pourtant, quelque chose s’est éveillé en nous –  qui veut se vivre pleinement. Le cerveau archaïque, celui du mammifère se manifeste. Peut être même le reptile qui ne faisait que semblant de dormir, au soleil ! La blessure a ouvert une brèche vers l’intérieur …le sensible, le vivant…là où nous pourrions rejoindre l’Unité fondamentale…le secret de ce jouet « vivant »...mais…

Je pense, donc je ne suis pas toujours bien

Edgar Morin, sociologue bien connu,  insistait sur le fait que l’homme est incapable de discerner avec certitude ses sensations internes et ses sensations externes.  En partie pour cette raison, il proposait de remplacer la vaniteuse et redondante appellation Homo sapiens sapiens par le plus réaliste qualificatif de Homo sapiens demens, signalant ainsi en l’homme le sage ET le fou. Qu’en pensez-vous  en voyant ce que l’homme est capable d’accomplir, du pire comme du meilleur ?

Le choix des arts

Revenons à notre soudaine rupture…Comment la vie a t-elle pu nous faire cela ? Pour affronter cette blessure narcissique, cet impensable, on se lance alors dans ce qu’on appelle communément le développement personnel, l’envie de se libérer de ces conditionnements du passé qui nous entravent.

On a grandement le choix aujourd’hui parmi les nombreuses techniques correspondant à cette appellation – elles ont toutes des atouts et des limites pour ce qu’elles sont censées faire. Elles suscitent bien évidemment des « querelles de clochers« , montrant bien par là  que c’est une bataille d’ égos pour leur survie. Ces techniques évoluent selon le contexte social. Dernièrement la situation économique en crise à fait entrer le domaine des  finances dans le développement personnel ;  inconcevable dix ans plus tôt ! On a compris que sans ce pouvoir là, point de réel liberté. Si on y regarde de près,  le développement personnel ressemble fort à une sorte de marketing de soi, de renforcement de la personnalité qui permet de compenser les failles de l’égo.

Se refaire une beauté intérieure

Loin de moi l’idée de critiquer ce soulagement recherchée, ce mieux être, ce mieux vivre, car il est une première étape importante pour s’apercevoir que nous avons une part de libre arbitre dans la création, que nous pouvons revendiquer une identité !

De stages en séminaires,  on se fait une « beauté intérieure ». Le moi s’autoconsidère à la fois comme sujet et comme objet de connaissance. La beauté qu’on essaie de refaire est  parfois celle de notre nombril ; on peut tomber dans le piège de la vanité ; nous nous acharnons à changer la forme des ombres que nous projetons sur le mur de la caverne, mais ça reste toujours des ombres (cf l’allégorie bien connue de « la caverne » de Platon)

Le développement personnel est ainsi une démarche égocentrée qui sert  à réaménager les pathologies de l’égo d’une façon plus acceptable pour nous-même, et  pour des groupes qui se reconnaissent sous la bannière « développement personnel ». Chemin faisant, nous avons quand même le plus souvent :

  • relativement ouvert notre esprit, et appris beaucoup sur notre fonctionnement psychologique,  ce qui est déjà un bénéfice considérable.
  • intégré des facettes de nous-mêmes, ce qui est beaucoup plus confortable
  • souvent nous avons appris à mieux nous occuper de notre corps, notre santé, c’est tout bon !
  • nous avons développé une certaine autonomie

Pourquoi fait-on du développement personnel ?

J’ai déjà, dans un article  précédent, parlé des débuts du développement personnel qui  s’est appelé romantisme au 19ième siècle. Suite à la Révolution française  les valeurs de liberté d’expression se sont fait un chemin…jusqu’à nous, aujourd’hui.

En résumé, on pourrait dire qu’on se lance dans le dév. perso :

  • par peur du vide,   le passé soudain s’est écroulé
  • par peur de la nature, de la mort, de la fin
  • pour accroître la sensation de contrôle sur les évènements et  réduire l’anxiété ressentie face à l’imprévisibilité de l’avenir
  • par besoin d’originalité : une médiocrité qui ne veut pas rester ce qu’elle est et vise l’originalité et l’indépendance
  • pour apprendre à guérir des pathologies imaginaires (l’homme est très fort pour s’en créer) ou à les vivre d’une façon plus confortable

On peut dire que c’est notre cerveau qui apprend à se corriger lui-même.

Ceux qui n’en font pas alors ?

Avez-vous déjà entendu cela ? et est-ce vrai ? : « moi je fais du développement personnel, mais ceux qui n’en font pas sont vraiment naz !»

A cela je dis qu’effectivement beaucoup de gens ne font pas certaines activités classées dans le développement personnel mais cela ne les empêche pas de se développer, de s’améliorer… ou pas. J’ai aussi vu beaucoup de gens impliqués jusqu’au cou dans des stages de toutes sortes, et qui ne semblaient pas s’améliorer d’un jota.

Je n’ai que l’autre pour me voir vraiment.

moi ET toi

De nombreuses fois, j’ai entendu mes clients me dire «  mais je ne comprends pas, avec tout le développement personnel que j’ai fait, que je ne puisse être en couple ou que ça ou ça ne marche pas » Et ma réponse était toujours la même : « maintenant vous devez commencer le développement relationnel »

En effet, il faudrait cesser assez tôt d’avoir la fixation sur les êtres eux-mêmes mais plutôt sur la relation entre eux. Martin Buber (philosophe et théologien) disait : « entre toi et moi l’important est le ET » (le je et le tu). Ce que je fais pour et avec mon prochain est au coeur de moi-même. Il est temps de retrouver cette relation là.

Je n’ai que le miroir de l’autre  pour me voir vraiment. Ce sera le mot de la fin de cette première partie. Nous cheminerons ensuite du développement personnel au développement humain.

Revenez la semaine prochaine au Royaume Amoureux. En attendant merci de me dire ce que vous en pensez dans les commentaires ci-dessous.