Quoi faire quand tout semble perdu ?

princesse au petit poisCe court récit est un conte féerique par excellence car il ranime en chacun l’idée que rien n’est définitivement clos, et qu’en un éclair tout peut changer, comme par miracle.
 Tout peut surgir de partout ou de nulle part.
A condition d’avoir un désir fort et d’avoir entrepris des actions pour y parvenir bien sûr.
Comme le prince qui a couru par monts et par vaux  dans les plus lointaines contrées pour découvrir la jeune fille qui sera son épouse…
c’est l’histoire que je vais te raconter maintenant

Il était une fois un prince qui voulait épouser une princesse, mais une vraie princesse. Il fit le tour de la Terre pour en trouver une mais il y avait toujours quelque chose qui clochait ; des princesses, il n’en manquait pas, mais étaient-elles de vraies princesses ? C’était difficile à apprécier ; toujours une chose ou l’autre ne lui semblait pas parfaite. Il rentra chez lui tout triste, il aurait tant voulu rencontrer une véritable princesse.

Un soir, par un temps affreux, éclairs et tonnerre, cascades de pluie que c’en était effrayant, on frappa à la porte de la ville et le vieux roi lui-même alla ouvrir. C’était une princesse qui était là, dehors. Mais grands dieux ! de quoi avait-elle l’air sous  cette pluie, par ce temps ! L’eau coulait de ses cheveux et de ses vêtements, entrait par la pointe de ses chaussures et ressortait par le talon… et elle prétendait être une véritable princesse !
         – « Nous allons bien voir ça », pensait la vieille reine, mais elle ne dit rien.
Elle alla dans la chambre à coucher, retira toute la literie et mit un petit pois au fond du lit ; elle prit ensuite vingt matelas qu’elle empila sur le petit pois et, par-dessus, elle mit encore vingt édredons en plumes d’eider. C’est là-dessus que la princesse devait coucher cette nuit-là. Au matin, on lui demanda comment elle avait dormi.
          – « Affreusement mal, répondit-elle, je n’ai presque pas fermé l’œil de la nuit. Dieu sait ce qu’il y avait dans ce lit. J’étais couchée sur quelque chose de si dur que j’en ai des bleus et des noirs sur tout le corps ! C’est terrible ! »
 

Alors ils reconnurent que c’était une vraie princesse puisque, à travers les vingt matelas et les vingt édredons en plumes d’eider, elle avait senti le petit pois. Une peau aussi sensible ne pouvait être que celle d’une authentique princesse.


Le prince la prit donc pour femme, sûr maintenant d’avoir trouvé une vraie princesse, et le petit pois fut exposé dans le cabinet des trésors d’art, où l’on peut encore le voir si personne ne l’a emporté.

 

 A l’Absolu répond l’Absolu

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la princesse au petit poisNon, le prince n’a pas rencontré son âme- soeur, celle qui est faite pour lui.
C’est plein de tristesse qu’il retourne vers ses parents âgés et ceux-ci partagent sa peine.
 Cependant ce conte nous dit qu’il ne faut jamais perdre coeur.
Le prince  est malheureux mais pas défait.
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Pourquoi ?
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Parce qu’il n’a pas bradé son haut désir, son idéal.
Il ne s’est pas contenté d’une de ces péronnelles qui jettent de faux éclats.
Fidèle à l’idéal qu’il portait, il a préféré la solitude à un mariage de convenance !
Voilà une grande leçon de sagesse. Mais il a de qui tenir !
Au moment où le prince n’attend plus rien, voici que l’imprévu fait irruption en des circonstances pas banales…
A l’Absolu de son désir, c’est justice que l’Absolu lui réponde.En réponse  à son courage une jeune fille a bravé le tonnerre et l‘averse pour venir annoncer l’embellie.

Quand tout semble perdu, seul le miraculeux peut advenir.

La princesse inespérée vient d’elle-même se présenter et demande à être logée.
Son arrivée soudaine semble une échancrure dans le ciel tout noir.
C’est le passage de la grâce pour les habitants calfeutrés dans leur château, engloutis dans leur chagrin.
Le vieux roi avec l’intuition de son coeur accueille la jeune visiteuse.Son coeur est apte à accueillir l’inexplicable et sa bonté naturelle fait qu’il ne pose pas de questions.
Mais la vieille reine se montre moins spontanée, plus suspicieuse. Elle veut vérifier qu’il s’agit bien d’une princesse et non d’une intruse.Elle ne veut pas être bernée, car elle en a vu d’autres dans sa longue vie…
A eux d’eux le couple royal rappelle un concept souverain :
“La confiance ne doit pas se séparer du discernement” ou encore que la sagesse est l’union du coeur et de l’intelligence.
Ce conte ne dit pas ouvertement l‘attitude du prince lors de l’arrivée de la princesse, mais une chose est sûre :
Il va rencontrer sa princesse chez lui, à l’intérieur, après cette quête dans les contrées lointaines et extérieures.
Il fallait cette quête active, ce désir ardent et persévérant pour qu’un soir la princesse fasse son entrée dans sa vie.
C’est le lendemain que le prince la découvre et l’épouse pour toujours.
On comprends bien qu’il ne s’agit pas d’une histoire sentimentale  ou deux êtres se rencontrent, s’amourachent et s’épousent. Ces histoires riches en illusions et en déceptions  plaisent toujours.
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Ce conte d’Andersen parle de quête de l’âme, cette part exquise, subtile de l’être humain.
La quête de l’âme-soeur est d’ordre spirituel, pas sentimental.
La vie spirituelle ne s’oppose aucunement à une vie amoureuse, mais c’est elle qui est première et donne à la seconde une saveur d’éternité.
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Bien des humains négligent cette quête essentielle ou la confondent avec la recherche de l’homme ou la femme de leur vie. C’est souvent ce qui crée le malheur.
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L’union qui s’accomplit entre l’être humain et sa part céleste a lieu grâce à la quête personnelle persévérante, puis grâce au concours du coeur, représenté par le vieux roi, allié à l’intelligence (la reine) et enfin grâce à la Grâce qui peut à tout moment se manifester. On ne commande pas la grâce ; on ne contrôle pas la grâc. On peut seulement se préparer à la recevoir.
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Et le petit pois alors ?

 

Apparemment sans intérêt, il représente bien ce rien du tout qui est tout.

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le petit pois.
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Dans le domaine spirituel, ce n’est pas la quantité qui importe, mais la qualité de l’ être.
Il ne s’agit pas de signes extérieurs de reconnaissance, de blason et de richesses terrestres,
tout ce qui concerne les princesses de ce monde.
Le discret petit pois a bien rempli son office ; il a révélé l’âme fine de la princesse.
Il mérite bien de figurer dans le cabinet de curiosité du château de la sagesse !
La princesse insoupçonnée qui figure la part spirituelle et éternelle en chacun de nous a pour qualité principale une extrême sensibilité.
Ne confondons surtout pas la sensibilité avec  la fragilité. La princesse est extrêmement sensible mais elle n’est pas fragile ; elle a marché sous l’orage, seule, sans peur, sans chercher à se protéger de la pluie.
L’homme fragile dans sa dimension psycho-corporel veut être protégé, il a peur de tout car il et périssable.
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La force intérieure de l’être spirituel vient d’une puissance à laquelle il est toujours relié. L’Être spirituel se montre extrêmement sensible  et frémit au moindre souffle.
On imagine bien ces fausses princesses , convoitant le prince comme un beau parti, qui  auraient annoncé le lendemain qu’elles n’avaient jamais aussi bien dormi !
Mais  la princesse au petit pois  ne se soucie pas de l’étiquette ; elle dit sa vérité ; elle a passé une nuit affreuse,  son corps est tout couvert de bleus.
Ces marques bleues sur son corps  ne révèlent-elles pas sa véritable filiation ? le sang bleu, la vraie noblesse de l’âme ?
Et le prince s’empresse de prendre pour épouse celle qu’a désignée un simple petit pois.
Ce merveilleux conte d’Andersen nous dit comment revenir dans le château pour y épouser sa D’Âme.
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Cet article est inspiré d’un texte de Jacqueline Kelen
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