Aladdin ou l’Innocence du désir

le magicien dans Aladdin
Aux innocents les mains pleines, tu connais cet aphorisme n’est-ce pas ?
C’est bien sans doute pour cela que le conte d’Aladdin est si connu !
En effet, de tous les contes des « Mille et Une Nuits », l’Histoire d’Aladin et de la lampe merveilleuse est celui dont l’histoire est une des plus singulières :
— par ses sources incertaines, (nul n’a encore trouvé de manuscrit arabe qui contienne le conte)
  • — et par les nombreuses réécritures et adaptations qu’il suscite encore aujourd’hui.  Il est imbattable pour le nombre de versions orales recensées dans le monde : 348 versions du conte réparties dans différentes aires culturelles. Enfin, il n’y a pas d’autres contes des Nuits, excepté l’Histoire de Shéhérazade, qui ait suscité autant d’écritures littéraires et d’adaptations théâtrales, musicales et filmiques. Cela tient au message  qui résonne en chacun !
Résumons brièvement une version de cette longue histoire  :

Résumé


Pour obtenir une lampe qui lui donnera tous les pouvoirs, un magicien doit trouver un jeune garçon qui se chargera de descendre dans une certaine caverne, pour la prendre et la lui donner. Il compte bien se débarrasser de cet intermédiaire, une fois qu’il aura la lampe. Il cherche dans les rues , un enfant malin, un peu voyou et c’est Aladdin qu’il choisit en se déclarant son oncle, pour le mettre en confiance.
Aladin descend dans la caverne remplie de trésors : il trouve la lampe, mais refuse de la donner au magicien avant d’être sorti. Le magicien l’enferme, croyant que la caverne serait son tombeau. Aladin y reste trois jours dans le noir, sans boire et sans manger. Mais, grâce à un anneau auquel est attaché un génie et que le magicien lui avait donné pour le protéger, Aladin revient chez lui en emportant la lampe.
Voulant aller la vendre pour se nourrir lui et sa mère, celle-ci la nettoie, et en la frottant, fait surgir un génie qui a le pouvoir d’exaucer tous les vœux. Grâce à la lampe, Aladin pourra prétendre épouser la princesse dont il est tombé amoureux. Mais la lampe est convoitée par le magicien et son frère qui chercheront tour à tour à la lui reprendre. Tous deux seront exécutés. Aladin finit par triompher de ces épreuves et gagne amour et fortune.

 

Au commencement des temps, les mots et la magie étaient une seule et même chose.
Sigmund Freud

 

De la rue au palais

 

L’Histoire d’Aladin est fondée sur un thème capital : l’ascension sociale et financière qui  parle à l’imaginaire de tous. Rien ne désignait Aladdin, qui ne se signale par aucun mérite, pour bénéficier d’un tel destin qui le mène de la rue au palais : il trainait dans les rue et chapardait pour se nourrir. Bien que coupable de vol, pourrait-on dire, il utilisait l’innocence de son instinct pour survivre.

 

Dès les premières lignes du récit, le conte arabe fait entrer le hasard dans l’existence du héros. Or, le « tirage au sort » revient à dénier les valeurs stables de ce monde en ignorant les conventions humaines.
:Rien de bon ne devrait arriver à Aladdin car il n’a aucun mérite. Ajoutons même que les notions de justice humaine n’y retrouvent pas leur compte comme elles le feraient avec un héros naturellement exemplaire !
Or, Aladin est choisi, démontrant avec force, selon la formule, que « les voies du Seigneur sont impénétrables ».

 

Le thème de l’élection divine et de la réussite matérielle

 

Par cette allégorie de l’élection,  le choix d’Aladdin par le magicien lui donne le statut de héros et donne au conte valeur de mythe.
En outre, la morale y trouve son compte : certes l’aventure du héros arabe peut-être lue comme un hymne au profit matériel, à l’enrichissement, mais cette perspective n’est pas dévalorisante, Aladdin en fait bon usage.Il est généreux et réalise son rêve.  La réussite en cette terre manifeste aux yeux de tous le rachat par Dieu.
Une correspondance s’établit en quelque sorte entre l’élection divine et la réussite sur terre.

L’ambiguïté des objets magiques

 

Les éléments merveilleux participent à la dimension mythique du conte. Les objets magiques, l’anneau et la lampe merveilleuse sont chargés d’ambiguïté : en effet, les génies qui leur sont attachés sont au service de celui qui les possède. L’efficacité bénéfique ou maléfique de ces objets est tributaire du personnage qui les détient.
  • Entre les mains des magiciens du conte, la lampe merveilleuse sert l’idée d’un pouvoir sans bornes
  • aux mains d’Aladin, la lampe apporte au héros la possibilité d’accomplir le destin dont il rêve.

L’Innocence

 

Seul « un enfant de la nature » est choisi pour devenir le détenteur du plus grand trésor qui soit au monde  Car celle-ci ne peut être possédée que par un être pur et insouciant. Le bonheur octroyé par les dieux dans cet état premier d’innocence sur lequel viendront se greffer par la suite les mérites individuels (la possession de la lampe merveilleuse), est amplement mérité par l’élu, Aladdin.le mérite ne relève pas du calcul, mais du don. Il s’agit en effet de faire honneur à ce qu’on a reçu en agissant pour donner à son tour, d’où une reconnaissance qui crée du lien social. C’est ainsi que se fait une véritable ascension sociale en même temps qu’une élévation spirituelle.
Je rappelle ici que le prénom Aladdin signifie « celui qui s’élève par la foi », mais je crois qu’on pourrait dire aussi « qui s’élève par l’innocence », car la foi n’est-elle  pas une composante de l’innocence ?

 

Aladdin ou la lampe merveilleuseL’association entre le sombre magicien, et l’innocence d’Aladin qui ne connaît pas les possibilités de la lampe, mettent en relief les tentatives d’appropriation du monde par l’homme.

 

En bref, « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».  De cette âme qu’il faut cultiver, quand on a été choisi, par un mérite individuel. ET non l’inverse. Le sens du mot « mérite » a été perverti.
« Le mérite est aujourd’hui utilisé, selon Yves Michaud (philosophe), comme une    machine à justifier toutes les inégalités, y compris les moins justifiables : ainsi  seraient mérités le cancer pour qui n’a pas participé au dépistage et le chômage pour qui n’a pas « tout » fait afin de rester dans la course. Et serait tout aussi logiquement méritée la fortune pour celui qui a su faire les bons placements… »

 

L’idéologie du mérite participe à la réification de l’humain, où chacun se trouve réduit à une somme de compétences à la fois constructibles, mesurables et utilisables.

 

Science sans conscience

 

L’objet de la quête, du côté d’Aladdin, n’est pas la possession de la lampe, mais au travers elle, c’est bien de reconnaître l’omniprésence divine, d’en devenir un allié.
Et dans un surplus de significations, la lampe d’Aladin, c’est l’inspiration du poète, devant l’incapacité du magicien (l’homme de science) à saisir le merveilleux en s’obstinant à le chercher au travers de formules mathématiques, afin de trouver le lien entre la nature, Dieu et l’homme.
Les chemins séparés de l’art et de la science se rencontreront-ils un jour.? nous approchons peu à peu !
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