Passer la frontière de la peur de l’Amour


passer la frontière de la peur      Les adeptes du plein amour se font rares.s Nous forgeons collectivement une réalité qui va à l’encontre des promesses de la vie à laquelle nous aspirons ! Serions-nous moins amoureux de l’amour que de ses difformités ? Essayons de réfléchir à la question et de commencer à préparer nos bagages pour un voyage dont je suis guide et partie prenante. L’amour est un pays des merveilles qui en effraie  plus d’un(e) lorsque l’heure du  départ a sonné. Pourtant c’est notre destination à tous et on ne rembourse pas les billets. N’en avez-vous pas, comme moi, assez de ces rencontres ou relations qui se développent et s’éteignent selon des standards malheureux ? Ou bien si ce n’est pas le cas, aimeriez-vous que votre vie amoureuse  s’élève à la dimension d’une Légende ?

L’amour  malmené

       Faisons un constat. Bien plus encore que la sexualité, aujourd’hui, c’est l’amour qui est malmené. Il est aisé de trouver du « sexe » dans les relations mais dès que survient ce qui ressemblerait à un engagement de profondeur, de réel partage….e désir d’amour échoue dans le cloaque des intentions pieuses. Né de l’émerveillement, enfant du mystère, l’amour dépérit dans la peur et le désenchantement !

Rien ne tue plus l’amour que les manoeuvres qui l’économisent

La sexualité –  pour être plus juste la génitalité – n’effraie plus car elle est sans risque depuis longtemps avec  les moyens de contraception. Sans risque d’éventuelle contagion ? probablement si on se « protège » en employant des « préservatifs ». Je me protège, tu te protèges, nous nous protégeons ; de trop d’intimité ? de félicité ? Et surtout de l’infidélité ! Préservons nous de trop aimer ! Tel est le paysage défiguré de nos terres d’amour polluées. Une confusion entre liberté et libertinage s’est installée ! La vraie liberté, n’est ce pas de laisser tomber les barrières et de créer pour l’âme une sororité ? Je suis sûre que le Jardin d’Eden est plutôt de ce côté. Il n’y a pas d’acte de pureté plus grande que l’acte sexuel ! La sexualité est un chemin de sainteté et même de santé. Après avoir été associé au péché et à la honte ( il l’est toujours) le voici acoquiné au danger.

Mais au fait, y a t-il un moyen de contraception, de préservation contre l’Amour naissant ? A ma connaissance non ! hormis le fait de l’exclure d’emblée de la relation. Ce qui se fait le plus souvent.  La conviction de ne jamais atteindre la félicité induit d’abord d’y renoncer. Telle est la vraie frigidité. Dès le début d’un rapprochement, Eros n’est pas invité. Le cœur bat sans rayonner. Peu importe ses raisons, quel mépris de soi chez celui ou celle qui à l’aube d’une idylle, tue le désir qui l’a attiré ! C’est un meurtre ontologique, un assassinat érotique. Je pourrai avoir un ton plus léger mais ma conviction profonde  m’oblige à ne pas m’assoupir ou méditer  seule sur la montagne en attendant que le monde bouge. Il convient de remettre l’amour en mouvement ; secrètement beaucoup y aspirent en feignant d’être occupés à autre chose.

On a empoisonné Eros !

Statue d'Eros

Statue d’Eros

Il n’est pas mort mais bien malade. Nietsche a dit que c’est le Christianisme qui a versé le poison ? Une version des faits complètement dépassée. C’est l’esprit économique qui  fait de l’amour un lieu mal famé, une insouciance incompatible avec le business. Je veux aussi dire « l’esprit d’économie » (de soi évidemment), l’égoïsme, l’individualisme à outrance.

Comme la fée  oubliée lors du baptème  de la jeune princesse au Bois Dormant, je suppute qu’Eros ne soit venu jeter un sort à l’humanité. Pourrait t-on le blâmer devant une telle exclusion ? Restait t-il, comme dans le conte, une bonne fée n’ayant pas encore  parlé,  pour réduire la condamnation à mort en un sommeil prolongé ? Peut être en sommes-nous là, mais alors les 100 ans sont-ils  écoulés ? Quand inviterons-nous Eros au banquet de nos noces intérieures. Quand allons nous augmenter notre  « vivance » et notre  « convivance », pas seulement avec les crises mais dans le plaisir et la joie d’exister ? Quand les Princes (principe masculin) cesseront t-ils de batailler dans les ronces autour du château enchanté  et les princesses de rester alanguies sur le divan, sans jamais se rencontrer pour ce baiser qui réveille le royaume entier ?

 S’affranchir de comportements mortifères

Le drame de la vie amoureuse est d’être bannie…des affaires sérieuses. Serait-il possible de s’affranchir de tant de comportements mortifères ? d’envisager plutôt  une sorte de « phototropisme amoureux » ? de magie du deux ?

L’amour fait l’objet d’une menace constante, au mieux d’une timidité déconcertante. Suis-je pessimiste ? Non ! Le Royaume Amoureux est en danger. Pour réinventer l’Aventure Amoureuse, il faudrait créer une relation entre l’amour et la vie, entre l’amour de l’autre et l’amour de la vie. Il faudrait tenter un processus d’humanisation. La civilisation a intenté un procès au vivant, au vibrant…depuis longtemps. Lorsqu’on mortifie l’amour, l’âme n’est pas sustantée. Est-ce important ? Qui se soucie de l’âme aujourd’hui ? Quelle perversité nous emmène en des temps où se brise le rêve de notre enfance ? Par « âme » je désigne cette partie de nous-mêmes reliée au Tout-Vivant, au Tout-Possible et qui attend notre éveil, cette partie qui échappe à notre « caractère ».

Le moi tout-puissant

C’est le Moi tout-puissant qui compte et lui uniquement. Et ce moi tout-puissant devient impuissant. Car l’amour, croit-on, c’est l’anéantissement du moi, non ? Puisque c’est un projet à deux. La « dépendance » à l’autre sexe est vue aujourd’hui comme la pire des choses qui puisse arriver ! On ne voit la relation, la plupart du temps que comme une dépendance ! Et l’être humain ne manque pas de créativité pour justifier ses comportements défensifs envers l’altérité.  Le refus de toute dépendance aboutit à nous priver d‘identité car « je suis mes relations ». « J’ai une  relation » est un concept  sous-produit de l’aveuglement économique. La richesse est dans le « je suis ». Je « possède » est subsidiaire.

La médiocrité

le tragique de notre monde est la médiocritéLe vrai tragique de notre époque est diffus dans la médiocrité. Oserais-je même dire la cruauté, au risque de choquer les âmes sensibles ? Une confusion sordide gangrène le plus joyeux, le plus innocent des sentiments humains. Une rengaine m’a toujours parut révoltante : « plaisir d’amour ne dure qu’un moment... » bref, vous connaissez la suite en musique et en curriculum vitae. Chacun porte sa responsabilité dans le désastre sentimental actuel.

Qui peut y échapper ? Ceux qui s’insurgent à l’encontre de comportements qui nous emplâtrent et désolent notre existence ! Ceux qui crient haut et fort que l’amour est la manifestation la plus vive de la force de vie qui est en nous et sa plus grande richesse ! Ceux qui pratiquent la Biodanza  !

La vie n’est pas faite pour « survivre » dans la médiocrité. Vous êtes né pour nager dans l’abondance, réaliser vos rêves et vous réaliser pleinement à travers eux !

L’Eros dont je parle ici n’est pas seulement la pauvre dimension à laquelle on l’a réduit, « l’érotisme » ; cet « isme » de la conscience, si étroit se méconnait lui-même. Le consumér- isme – un autre  isme – qui s’est immiscé jusque dans les relations affectives fait office de compensation à sa véritable dimension. Car enfin Eros est la force cosmique ! Dans le mythe d’Eros et Psyché l’histoire est un parcours initiatique pour la réalisation complète de l’amour, un processus de maturité dans le sens de se rendre profondément disponible à l’amour.

L’amour est le défi de notre siècle

La peur de perdre le vieux monde fait écho à la crainte d’investir le nouveau. La terreur de perdre la survie, aussi confortable qu’insatisfaisante, paralyse l’audacieuse volonté d’une vie nouvelle à créer à deux.

Pourtant, jamais l’amour n’a voulu donner un sens à la destinée de l’homme avec une telle évidence, mais le présent n’a pas encore identifié les siens. J’en suis !

L’amour est le défi de notre siècle. L’élan amoureux, le couple en est l’épiphénomène. Eros aspire à guérir de l’empoisonnement des consciences, des confiances et à retrouver sa vie instinctive.

         Vous connaissez probablement l’histoire de la grenouille qui baigne dans l’eau tiède dans une marmite sur le feu et qui s’endort… jusqu’à la mort bien sûr,  tandis  que la température monte lentement… Cette métaphore est significative de la civilisation qui perd ses instincts, à petit feu, tout doucement !

    Je maintiens mes instincts éveillés et j’aspire au meilleur pour moi, pour l’autre.

L’estime de soi

frontière de la peurIl existe une frontière entre la vie et la survie, entre la peur et l’amour,  et cette frontière pourrait s’appeler estime de soi, valeur de soi, confiance en soi. Comment  restaurer cela ? Il faut régresser à l’état d’enfant – je veux dire à l’état d’innocence – et réapprendre l’Eros primal afin que s’inscrivent en nous de nouveaux mandats. Rentrer dans un processus de mutation. Reconstruire l’enfant en soi pour rétablir la souveraineté de l‘amour et fonder sur ce nouveau postulat un style de société hédoniste, et même  héroïque.

L’amour en ce sens est notre défi. Car enfin, est-ce supportable de vivre sans l’intensité et la grandeur d’être que procure l’ amour, sans la créativité qu’il inspire  ? pour moi, la réponse est négative.

Ce n’est pas Dieu qui a créé l’homme et la femme. Il a seulement créé des humains. C’est l’homme qui crée la femme et la femme qui crée l’homme. L’émerveillement de la passion ou même de l’amitié est capable de miracles. Dans la relation enflammée à l’autre on peut se trouver des ailes, retrouver la magie du désir à volonté, allumer le feu dans notre vie ?

Un art de vivre

Aimer est l’art de vivre par excellence. Mais l’amour ne suffit pas , il faut savoir quel amoureux on veut être et l’incarner. C’est une affaire d’identité. Il faut dépouiller le corps de sa carapace, être aspirant à une certaine dimension intérieure, pratiquer une spiritualité concrète qui s’appuie sur un corps conscient et enraciné ; ou suivre une sagesse ancestrale telle celle que nous communiquent par exemple les contes de fées. Il faut vouloir ennoblir son coeur, se délester des marginalités, sortir de l’assujettissement au passé  pour restituer à la puissance d’aimer une énergie de vie dévoyée vers le futile, l’ordinaire. Il faut créer un pont entre les mondes, le quotidien et l’incréé, à partir du vide quantique plein d’énergie, dont parlent les physiciens inspirés.

Le modèle du héros

Bref, il faut s’entrainer au modèle du Héros, vivre l’Héroïsme du coeur, inventer un couple qui défierait avec plaisir la loi de  causalité,  ces miasmes de l’enfance  et des vies passées ;  autant d’entraves et de noeuds qui étranglent les amoureux. Un couple  tourné vers le futur de l’humanité, qui  rentrerait dans un processus initiatique, entrainant bien d’autres personnes à sa suite ! Transformer l’amour en actions miraculeuses telles qu’il s’en produit dans les contes de fées, voilà une vie amoureuse propre à l’accomplissement de chacun ! Ce n’est pas si difficile, il suffit de s’y appliquer.

Tant de héros nous ont précédés et ont laissé leur traces dans l’inconscient collectif. Les voies sont tracées. Car enfin, ces histoires ne sont pas pour les enfants mais pour éveiller les grands de leurs engourdissements neurologiques. Elles sont l’équivalent laïque des écritures sacrées, sorte de vestiges des spiritualités anciennes, cryptées dans des récits simples qui ressemblent à des histoires pour enfants.

Alors…

Un autre monde est possible

L’homme peut trouver son libre arbitre ; il possède dans son Génie propre (sans bouillir) l‘amour et la force (celle de changer soi et le monde) et pour cette seule raison, l’espoir n’est jamais perdu d’avance. Urgence !

un autre monde est possibleNous pourrions nous ouvrir à l’engagement profond du plein amour qui remplacerait la tiédeur des » rapports » (de force) actuels. Pour cela il faut ouvrir la voix à d’autres aspects du sentiment amoureux :  à une indicible valeur. Ne pas rester dans l’unique  séduction, cette promotion de la personne, mise en scène dans le but de plaire et d’asseoir son pouvoir vaniteux. Manipulation, intrigue propre à donner quelques frissons mais si décevante au fond. Cette feinte appropriation d’un objet ne peut être confondue avec l’amour ! Cette entreprise, ce jeu des apparences suffisent aux esprits faibles et aux coeurs perdus. Agonistes et éclopés affectifs font légions. Non !  il faut définir quel amoureux on veut être  et émettre un signal fort.

Débloquons notre imaginaire

Le mot Valor (valeur, vaillance, courage) en latin est fondamentalement le même qu’ Eros en grec. Débloquons notre pensée imaginale. Travaillons sur les forces créatrices émergentes. L’énergie amoureuse pourrait être un élément fondamental de tentative de sortie par le haut de la série de crises dans laquelle nous sommes rentrés. Adoptons une autre manière d’être au monde, une stratégie alternative à l’impuissance et à la peur d’aimer. C’est un poncif de parler d’en « finir avec la guerre des sexes », mais on voit bien que cela n’est pas encore intégré car ce n’est pas ainsi qu’il faut s’y prendre.

Inventons une stratégie qui se fonde sur l’éros et la créativité. On pourrait l’appeler « stratégie érotique » ou « hérotique »?  Et voici que je viens dans l’instant de créer un néologisme ! Seul le plaisir, la joie, le bonheur vécus dans l’instant présent nous orientent vers l’avenir et nous sortent des lourdeurs du passé.

Et vous savez quoi ? Dans cette stratégie c’est justement l’inconnu qui rassure (cliquez pour lire l’article Vivre d’amour avant de mourir de peur).

Je parie que vous n’avez jamais pensé à cela ? Tout le monde joue la carte du connu (donc du passé), s’accroche comme une bernique à son rocher et moi je vous propose le contraire ! Comment cela ?

Eh bien je n’en dirai pas plus aujourd’hui,  cela fera l’objet d’un autre article. En attendant méditez sur le sujet …car…

Le bonheur d’être aimé

aimer et être aiméLe bonheur d’être aimé par quelqu’un que l’on aime est digne de tous les efforts. Eros et Psyché nous rappelle que les hommes et les femmes sont différents.  Au pays de l’amour, la disponibilité, les attentes, les motivations partent de points différents qui convergent lorsque nous osons parcourir le chemin qui mène à reconnaître nos potentialités, mais aussi  l’importance de l’Autre dans notre vie. L’importance de l’Autre, avec un A majuscule et majestueux comme dans Âme. Là est bien la question. Et la relation d’amour soulage de la solitude ontologique.

Dans le mythe ci-dessus cité, ce chemin est vécu comme un processus, une découverte et un défi. Voilà le genre de défi que je souhaite relever !

D’ailleurs, le seul triomphe qui m’intéresse, qui m’a jamais intéressée et dont je sois fière, c’est l’Amour ; la façon dont je peux aimer et rencontrer l’Autre que je suis, être aimée par l’Autre qui est moi aussi. C’est l’essence même de mon identité. Mon identité est donc amoureuse.

Dites-moi dans les commentaires ce que vous pensez du sujet brûlant de mon  article !


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