Le Minotaure ou la puissance des instincts

taureauPourquoi nos vies nous paraissent-elles parfois  médiocres, conditionnées, stéréotypées,  dépassionnées  ?  nos comportements inhibés ? pourquoi nos habitudes sont-elles compulsives ? qu’est-ce qui fait que nos rêves, nos aspirations restent si fréquemment en plan, malgré un désir d’accomplissement ?

La Biodanza répond à ces questions cruciales et  propose un « remède » éprouvé depuis un demi-siècle. Ici je vous entretiens plus particulièrement de la partie « thérapeutique » de la Biodanza nommé  » Projet Minotaure ». Par « thérapeutique », entendez la cure, la guérison, par un face à face consentie avec ce qui nous arrête dans nos plus beaux élans vitaux : la  joie, l’amour, l’expression, l’avenir.

Qu’est-ce qui pourrait bien figer nos élans sinon la PEUR ?

Peurs innées et peurs acquises

En effet, le Projet Minotaure est une approche des peurs humaines. La peur est d’abord une réaction instinctive face à un danger naturel ;  elle est en lien avec notre capacité à lutter et à fuir pour protéger notre vie. Les peurs constituent donc des mécanismes de survie.
Cependant, tout au long du processus de civilisation, dans notre culture, les comportements humains ont peu à peu, été de plus en plus affectés par des peurs imaginaires, culturelles, qui sont venues troubler notre vie instinctive, notre capacité à nous protéger et à avancer dans la vie comme des êtres libres et autonomes.

  • La peur de « perdre du temps » (peur culturelle)  peut ainsi perturber l’instinct de faim et de repos.
  • La peur d’être rejeté freine nos élans d’exploration.
  • Ces peurs « acquises » ont un effet inhibiteur – voire même plus – de fonctions naturelles telles que respirer, jouir, aimer, créer, s’exprimer.

Le Projet Minotaure, une « extension » de la Biodanza

Par Rolando Toro

Par Rolando Toro

Le Projet Minotaure prend en compte la relation qui existe entre nos peurs, notre histoire personnelle et notre culture. Il consiste en des « défis » proposés aux participants sous forme de danses, dans le but de les aider à franchir les frontières de leurs peurs ; ces freins qui les limitent dans le déploiement de leurs talents naturels à vivre et à évoluer.

La frontière est ce qui fait obstacle au flux de l’énergie vitale. Un mécanisme bloque le flux  : ce qui devrait aller du potentiel vers son expression prend un chemin détourné (c’est le sens de pervers). Nous devons le ramener vers son chemin naturel. Passer la frontière donne accès à la plénitude de l’Être.

Du quotidien à l’illumination

La proposition de la Biodanza pratiquée en cours hebdomadaire  est  un processus de réhabilitation des potentiels génétiques  (talents et forces) de chacun,  par une mise en émotions et  en mouvement. La Biodanza classique distille progressivement dans le quotidien un mieux être, une  « poétique«  de la rencontre humaine, une nouvelle sensibilité face à l’existence.

Le Projet Minotaure, est le rituel d’actualisation d’un mythe. Lorsque aujourd’hui, dans certaines cultures, on célèbre des rites, ces rituels sont par définition codés. Un rendez-vous est pris, non pas en fonction des évènements qui tombent dessus mais en fonction du désir d’aller vers ce rituel.

Quelle est alors la différence entre le rendez-vous avec mes potentialités génétiques en séances hebdomadaires de Biodanza et le rendez-vous avec les forces cosmiques du mythe ?

Je dois développer mes capacités pour ma vie quotidienne sans oublier le héros. De façon que je puisse faire appel au héros pour illuminer ma réalité.

Rendez-vous avec le héros et le mythe

Le rendez-vous avec le mythe, c’est le rendez-vous avec le héros, celui qui dans un récit, tout au long de l’histoire va concentrer des qualités qui ne sont présentes dans aucun d’entre nous et que nous projetons sur le héros.

La célébration du mythe nait d’un désir ( en même temps une nécessité) qui permet aux êtres humains d’une même culture de se reconnaître dans une communauté de sens. Donc cela transcende le défi individuel du quotidien. Si on avait une Biodanza hebdomadaire de la puissance du Minotaure, les participants deviendraient fous.

Le mythe est un rendez-vous avec le récit de mon espèce qui est plus important que mon quotidien. Le mythe est un vecteur de transcendance.

Le mythe culturel d’origine

Apollon

Apollon

Le mythe du Minotaure se situe dans l’Histoire. Il représente un passage important où tout ce qui est lié à l’instinct est dangereux ; une conception de vie qui doit être contrôlée !

Dans la culture grecque, dont nous avons héritée, nous sommes à une période où nous passons de l’ère de Dyonisos (Bacchus) à l’ère d’Apollon. Des présocratiques au platoniciens. De  l’hubris (démesure et enthousiasme de Dyonisos))  à la contention, l’ordre, la forme, l’expression esthétique et polie d’Apollon.

Dans le mythe d’origine, Thésé, le héros,  va donc aller à l’aventure de la quête de Soi pour tuer les instincts.

 Projet Minotaure et  Principe Biocentrique

Le Principe Biocentrique ( le principe qui régit toutes les propositions de la Biodanza) s’inspire d’un univers organisé en fonction de la vie (les conditions culturelles sont anti-vie) et non de concepts culturels. Rolando Toro (créateur du système Biodanza) va donc reprendre et utiliser le mythe dans le sens de « réhabilitation des instincts » pour une rénovation organique et existentielle; instincts et émotions sont les fondements biologiques, facteurs de conservation et d’évolution de la vie. Ce sont ces fonctions précisément qui nous permettent d’être vivant ou survivant encore aujourd’hui ; leur refoulement  mettent notre vie et celle de tous les êtres  sur la planète en  danger.

« En très grande partie les mal-êtres existentiels et somatiques viennent de la perversion des instincts et du refoulement des émotions ». RolandoToro)

Le Minotaure doit donc être étreint et non tué (comme dans l’interprétation culturel du mythe). C’est l’Innocence qui va étreindre la créature. Le corps est le lieu de l’expérience. « Approche toi ou recule toi selon ton instinct ». Deux alternatives : je n’expérimente pas et je juge ou j’expérimente et ne juge pas. Le drame de nos vies est cette dissociation entre ce que notre corps ressent comme bon (ou devrait ressentir) et notre raison qui contrôle et bloque nos désirs et/ou leur réalisation.

Le Projet Minotaure « déverrouille » les passages, les portes fermés par les peurs, nous permettant d’aller jusqu’au cœur du labyrinthe afin d’embrasser la créature qui doit être intégrée (l’instinct).

C’est un processus d’approche de l’identité profonde, qui permet de rétablir le contact avec les forces primordiales de la vie afin d’illuminer le labyrinthe de notre propre existence.

Le Projet Minotaure est donc la principale traduction du Principe Biocentrique qui sous-tend le modèle théorique de la Biodanza. 

Regarder la peur dans les yeux

Tandis que la Biodanza hebdomadaire s’adresse à un certain niveau de vibration de l’être, le mythe vient re-convoquer la vibration quand ça vibre peu, quand la peur empêche le flux de l’énergie vitale de s’exprimer.

Quelle est la différence entre la peur qu’il est bon de préserver et celle qu’il faut transmuter ?

La peur est destinée à protéger quelque chose

  • –          Peur instinctive : protéger la vie en soi
  • –          Peur culturelle : me protéger de la vie (contre la vie)

images

Il faut regarder la peur dans les yeux car lorsque nous nous en détournons, nous sommes comme les occupants de la caverne dans le mythe de Platon ; ils sont tournés en regardant le fond de la caverne ; ils ne voient que l’ombre de la lumière sur le fond de la caverne. Le projet Minotaure nous invite à faire ce renversement de perception, en regardant la peur dans les yeux ; c’est vers la lumière que l’on se tourne. Lorsque vous regardez l’illusion droit dans les yeux elle disparait, se dissout pour faire place à la vérité.

Car il ne s’agit pas, en fait,  de combattre la peur mais de changer la construction mentale qui inhibe l’instinct, de dissoudre les noyaux caractériels qui sont encore là malgré le processus de Biodanza hebdomadaire.

Quels sont les noyaux résistants de mon caractère qui n’ont pas encore été touchés ? ces rigidités qui m’interdisent la joie  de vivre ?

Avec le Minotaure, nous cherchons le noyau non encore atteint dans les niveaux inconscients les plus profonds, afin que les aires de l’identité qui sont encore dans l’ombre puissent surgir. Pour cela, le défi ritualisé est nécessaire !

L’instinct

Minotaure par Rolando

Minotaure par Rolando

Le mythe du Minotaure est un mythe de rencontre avec ses instincts vitaux. Au  centre  l’instinct de conservation. Voilà ce que représente la créature – un corps d’homme avec une tête de taureau –

Nos contemporains rejettent les instincts parce que ceux-ci sont assimilés à l’animal et parce qu’ils ne savent pas que l’animal est habité de la sagesse cosmique. C’est en les refoulant qu’ils deviennent pervers. Il convient de s’appuyer sur eux pour notre évolution d’être humain universel.

Les instincts entretiennent entre eux  des interactions. Le système des instincts fonctionne un peu comme un labyrinthe. A partir de l’instinct de survie, nous allons dans différentes directions pour nous conserver et survivre. Quand nous tuons la créature, nous tuons le créateur et la création car nous sommes le tout.

Le mythe du Minotaure, tel que l’a abordé Rolando Toro est devenu en quelque sorte le mythe fondateur de la Biodanza. C’est une réorientation du mythe culturel : la mort n’est pas vécu comme une fin mais comme un passage.

Transmutation

 

Le participant est le protagoniste actif de sa transformation. Dans le Projet Minotaure, nous utilisons le terme de Transmutation. La transformation est un changement de forme de la même chose. Ainsi une peur peut changer de forme mais rester la peur ; l’eau peut changer de forme par exemple ( de liquide à gazeux). La transmutation est le passage à un autre élément, par exemple quand la peur devient de l’amour, quand l’ombre devient lumière. quand le mensonge devient vérité, l’illusion clarté.

Comment s’opère le phénomène de transmutation ?

Le processus de transmutation s’accomplit dans le triomphe, la célébration et dans le fait d’aimer être un animal, aimer être animé. Nous n’avons d’autres choix que d’intégrer nos fonctions archaïques pour évoluer et révéler toutes les promesses de l’humanité. Nous devons reconnaître et maitriser notre part animale et non la refouler, la contrôler. Il y a une grande différence entre maîtrise et contrôle car nous ne pouvons nous libérer que des limites que nous connaissons ; celui qui ne connait pas les limites de sa prison ne peut s’en échapper.

Alors, on s’émerveille d’exister, que le monde existe et qu’il y ait une relation possible entre le monde et soi.  Tout n’y est pas bien, mais il y a plus profond que le bien et le mal : il y a le vivant, il y a la Présence qui nous re-lie.

La vie alors n’est pas une quantité de vie mais une qualité. La transmutation c’est se mettre en état de création ; « je suis le créateur et la créature ».

Conclusion : face à la tristesse et la violence du monde

Il n’y a pas d’autre tragique  que de ne pas vivre. Ce qui nous fait mourir n’est pas la mort, c’est de ne pas vivre.

Nous pouvons quelque chose face à la tristesse et à la violence du monde ; regarder la peur dans les yeux et la transmuter. La peur de la différence, la peur de l’inconnu.  Les choses ne font que commencer. Notre crise n’est pas « économique », elle est évolutive.

 On ne peut pas avoir accès à cela seulement avec notre intelligence analytique, notre faculté d’analyse. Cela nécessite une sorte de régénération des cellules, de réorganisation de celles-ci. Une remise à l’unisson, au diapason cosmique. L‘instinct est une sorte d’intelligence absolue en soi, l’intelligence de la vie elle-même et elle se mobilise très vite quand vous faites appel à elle.

Laissez un commentaire ! quelle est votre peur principale ? le savez-vous ?



4 comments on “Le Minotaure ou la puissance des instincts

  1. anne

    Bonsoir dame Elisa, une nouvelle fois j’aime fort votre écrit, je vous en remercie et vous bise tendrement ! Anne.

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