Du développement personnel au développement humain (première partie)

Cet article participe à  la croisée des blogs du mois de juin. Vous trouverez l’intégralité des articles des participants à ce carnaval d’articles, sur le thème :  « dangers du développement personnel » sur le blog de Félix Boussia

Comme le fruit contient le vers qui peut le faire pourrir,  le développement personnel contient déjà le mot  qui risque de le gâter : « personnel »…  si on le prend pour plus que ce qu’il est : un  pansement temporaire pour l’égo, une compensation transitoire à nos frustrations individuelles.

En voulant se dégager du passé, des archaïsmes de sa biologie, l’erreur  que fait l’être humain est de se refermer sur lui-même, se croire un être à part de la création et/ou vouloir devenir un surhomme. Sa mission est pourtant simple :  être humain. Je propose ici de réfléchir et de trouver des pistes, au fait de rencontrer l’autre pour se développer, se découvrir,  plutôt que faire du développement personnel, de se sentir  part de la nature plutôt qu’un être à part et de se questionner sur « comment être plus humain », devenant ainsi paradoxalement, un héros plutôt qu’un surhomme.

Voici  la première partie de mon article, que je vais scinder au moins en 2 parties, car j’ai à coeur ce sujet, dont je pense qu’il mérite d’être approfondi :

Notre nature humaine est crisique

Notre nature est crisique, c’est inscrit dans sa biologie. L’évolution phylogénétique, la nature, nous a doté d’un cerveau récent, le néocortex, rapidement ( en quelques secondes sur l’échelle de l’âge de la vie sur terre) qui est mal adapté aux parties plus anciennes. Pour faire simple nous sommes un peu comme des enfants qui aurions reçu un jouet très sophistiqué avec des manettes fort simples à utiliser. Ce jouet nous permet d’imaginer à peu près tout ce que l’on « veut ». Jusque là tout va bien. Là où ça se gâte, c’est quand ce magnifique joujou, finalement parce qu’il est fait pour cela, nous propose de  rendre réel ce que nous avions imaginé. Si nous avions su, nous l’aurions laissé au pied du sapin celui-là ! Une fois le cadeau ouvert, nous n’avons cependant pas d’autre choix que de continuer à le développer justement !  Imaginer était drôle, réaliser est une autre histoire ! Quelque chose en nous souvent refuse le choix, cette responsabilité ; alors le jouet se détraque puisqu’il n’est pas fait pour ne rien faire. Vous savez il est comme la vie, avec ou sans nous, il ne peut pas s’arrêter.

La vie, le développement ne s’arrête pas

Un jour un désordre arrive donc : c’est  une maladie, une rupture affective, un licenciement, des mauvais traitements, un accident, un mal être profond sans raison apparente, bref, tout ce qui peut venir bousculer l’idée que nous nous faisions de notre vie et l’image de nous-même, à perpétuité.  Nous refusons cette réalité qui surgit sans notre consentement. Elle est ressentie comme  blessante, car elle ne correspond pas à l’imagination, la vision que notre égo s’en faisait. Pourtant, quelque chose s’est éveillé en nous –  qui veut se vivre pleinement. Le cerveau archaïque, celui du mammifère se manifeste. Peut être même le reptile qui ne faisait que semblant de dormir, au soleil ! La blessure a ouvert une brèche vers l’intérieur …le sensible, le vivant…là où nous pourrions rejoindre l’Unité fondamentale…le secret de ce jouet « vivant »...mais…

Je pense, donc je ne suis pas toujours bien

Edgar Morin, sociologue bien connu,  insistait sur le fait que l’homme est incapable de discerner avec certitude ses sensations internes et ses sensations externes.  En partie pour cette raison, il proposait de remplacer la vaniteuse et redondante appellation Homo sapiens sapiens par le plus réaliste qualificatif de Homo sapiens demens, signalant ainsi en l’homme le sage ET le fou. Qu’en pensez-vous  en voyant ce que l’homme est capable d’accomplir, du pire comme du meilleur ?

Le choix des arts

Revenons à notre soudaine rupture…Comment la vie a t-elle pu nous faire cela ? Pour affronter cette blessure narcissique, cet impensable, on se lance alors dans ce qu’on appelle communément le développement personnel, l’envie de se libérer de ces conditionnements du passé qui nous entravent.

On a grandement le choix aujourd’hui parmi les nombreuses techniques correspondant à cette appellation – elles ont toutes des atouts et des limites pour ce qu’elles sont censées faire. Elles suscitent bien évidemment des « querelles de clochers« , montrant bien par là  que c’est une bataille d’ égos pour leur survie. Ces techniques évoluent selon le contexte social. Dernièrement la situation économique en crise à fait entrer le domaine des  finances dans le développement personnel ;  inconcevable dix ans plus tôt ! On a compris que sans ce pouvoir là, point de réel liberté. Si on y regarde de près,  le développement personnel ressemble fort à une sorte de marketing de soi, de renforcement de la personnalité qui permet de compenser les failles de l’égo.

Se refaire une beauté intérieure

Loin de moi l’idée de critiquer ce soulagement recherchée, ce mieux être, ce mieux vivre, car il est une première étape importante pour s’apercevoir que nous avons une part de libre arbitre dans la création, que nous pouvons revendiquer une identité !

De stages en séminaires,  on se fait une « beauté intérieure ». Le moi s’autoconsidère à la fois comme sujet et comme objet de connaissance. La beauté qu’on essaie de refaire est  parfois celle de notre nombril ; on peut tomber dans le piège de la vanité ; nous nous acharnons à changer la forme des ombres que nous projetons sur le mur de la caverne, mais ça reste toujours des ombres (cf l’allégorie bien connue de « la caverne » de Platon)

Le développement personnel est ainsi une démarche égocentrée qui sert  à réaménager les pathologies de l’égo d’une façon plus acceptable pour nous-même, et  pour des groupes qui se reconnaissent sous la bannière « développement personnel ». Chemin faisant, nous avons quand même le plus souvent :

  • relativement ouvert notre esprit, et appris beaucoup sur notre fonctionnement psychologique,  ce qui est déjà un bénéfice considérable.
  • intégré des facettes de nous-mêmes, ce qui est beaucoup plus confortable
  • souvent nous avons appris à mieux nous occuper de notre corps, notre santé, c’est tout bon !
  • nous avons développé une certaine autonomie

Pourquoi fait-on du développement personnel ?

J’ai déjà, dans un article  précédent, parlé des débuts du développement personnel qui  s’est appelé romantisme au 19ième siècle. Suite à la Révolution française  les valeurs de liberté d’expression se sont fait un chemin…jusqu’à nous, aujourd’hui.

En résumé, on pourrait dire qu’on se lance dans le dév. perso :

  • par peur du vide,   le passé soudain s’est écroulé
  • par peur de la nature, de la mort, de la fin
  • pour accroître la sensation de contrôle sur les évènements et  réduire l’anxiété ressentie face à l’imprévisibilité de l’avenir
  • par besoin d’originalité : une médiocrité qui ne veut pas rester ce qu’elle est et vise l’originalité et l’indépendance
  • pour apprendre à guérir des pathologies imaginaires (l’homme est très fort pour s’en créer) ou à les vivre d’une façon plus confortable

On peut dire que c’est notre cerveau qui apprend à se corriger lui-même.

Ceux qui n’en font pas alors ?

Avez-vous déjà entendu cela ? et est-ce vrai ? : « moi je fais du développement personnel, mais ceux qui n’en font pas sont vraiment naz !»

A cela je dis qu’effectivement beaucoup de gens ne font pas certaines activités classées dans le développement personnel mais cela ne les empêche pas de se développer, de s’améliorer… ou pas. J’ai aussi vu beaucoup de gens impliqués jusqu’au cou dans des stages de toutes sortes, et qui ne semblaient pas s’améliorer d’un jota.

Je n’ai que l’autre pour me voir vraiment.

moi ET toi

De nombreuses fois, j’ai entendu mes clients me dire «  mais je ne comprends pas, avec tout le développement personnel que j’ai fait, que je ne puisse être en couple ou que ça ou ça ne marche pas » Et ma réponse était toujours la même : « maintenant vous devez commencer le développement relationnel »

En effet, il faudrait cesser assez tôt d’avoir la fixation sur les êtres eux-mêmes mais plutôt sur la relation entre eux. Martin Buber (philosophe et théologien) disait : « entre toi et moi l’important est le ET » (le je et le tu). Ce que je fais pour et avec mon prochain est au coeur de moi-même. Il est temps de retrouver cette relation là.

Je n’ai que le miroir de l’autre  pour me voir vraiment. Ce sera le mot de la fin de cette première partie. Nous cheminerons ensuite du développement personnel au développement humain.

Revenez la semaine prochaine au Royaume Amoureux. En attendant merci de me dire ce que vous en pensez dans les commentaires ci-dessous.

4 comments on “Du développement personnel au développement humain (première partie)

  1. Emmanuelle LABAT

    Bonsoir,

    Votre article a le mérite de dire certaines vérités, qui résonnent pour moi.
    J’aime cette réflexion faite par un grand Monsieur, dans le domaine de la spirtiualité et développement personnel : « vous passez votre temps à participer à des séminaires sur l’amour; Cela sert à quoi, si vous ne pouvez pas passer une journée à aller à la pêche avec votre conjoint dont c’est la passion. Il est là l’amour de l’autre ». Moi, j’ajouterai, que c’est souvent combler un vide quand on fait des stages à répétition. Il en faut un peu, j’en ai fait, on a besoin du miroir d’un inconnu pendant 10 min, 1 journée, d’un accompagnement sérieux. Ensuite, nous devons rentrer à la maison, suivre notre chemin, et faire dans la vie ce que nous avons à faire. C’est aussi cette dernière approche que je soutiens avec mon http://www.blog aimaenergy.com.
    Souvent nous ne pouvons le faire qu’en relation avec l’autre dans la vraie vie, pas dans les exercices dans une salle. Par exemple la création du blog, avec quelqu’un d’autre, d’une autre culture, d’une autre langue, sans contact physique, nous sommes mis à l’épreuve après le développement personnel que chacun a fait, nous sommes dans le développement relationnel. Ce sont je pense des étapes de maturité dans l’affirmation de qui nous sommes et pourquoi nous sommes sur terre. Du « Je » nous passons au « Nous » ! (au passage pensez à cela pour les problèmes de genou)

    A bientôt pour lire la suite de l’article et bonne Inspiration …….
    Un article par Emmanuelle LABAT : Prélude au voyage de l’âme

  2. Elisandre

    Merci de ton commentaire Emmanuelle !
    Eh oui le chemin est parfois long du je au nous …et tu as parfaitement raison en ce qui concerne la symbolique du genou : cette articulation est le passage du tibia et du péroné vers le fémur c’est à dire vers la fée mûre. La fée est le « principe d’intégration », la fonction d’accomplissement « par grâce ».
    Le tibia et le péroné représente la dualité moi-l’autre…et il faut que tout cela soit bien articulé. Au départ c’est le pied qui donne la bonne direction; voir mon article  » il était une fée » http://leroyaumeamoureux;com/il-etait-une-fee/ dans lequel il y a une histoire de pied qui me donne la direction vers une fée qui…me redonne mon pouvoir d’intégration.
    Elisandre la fée de ce blog

  3. FlodeVie

    Complètement d’accord pour passer du Développement Personnel au Développement Humaniste!
    Il est temps de laisser tomber les masques de l’ego pour s’intéresser enfin au Soi Essentiel. La paix et le bonheur de l’humanité sont en jeu.
    C’est le crédo que je défends sur mon blog (voir notamment ma page http://lepleindevie.com/pourquoi-ce-blog/), et je suis vraiment ravie de voir que les réflexions à ce sujet se multiplient un peu partout.
    Bravo pour cet article et plus généralement pour votre blog !
    Un article par FlodeVie : Commentaires sur Je vous lance un défi ! par FlodeVie

  4. Elisandre

    Merci Florence de votre visite !
    Cela fait du bien de sentir le soutien dans ce domaine car encore une fois, impossible d’être seule dans une démarche ; on ne l’est pas évidemment mais quand c’est confirmé c’est encore mieux.
    Allons cela me donne le peps pour écrire comme convenu mon troisième article sur le sujet : le développement humain.
    Elisandre

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